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Exploitation sauvage des forêts en RDC

La Coalition nationale contre l’exploitation illégale du bois (CNCEIB), en partenariat avec World Wide Fund for nature (WWF), dénonce la coupe et l’exportation illégales de 594 grumes de bois Wenge dont s’est rendu coupable la société TERCO dans la concession de TALATINA. Bois enlevés et transportés au port de Matadi dans 61 containers pour une exportation vers la Chine.

C’est le sens du point de presse tenu hier mardi 26 août dans la salle de réunion de WWF, située dans la concession Safricas à Kinshasa/Ngaliema.

A cette occasion, la Coalition, par la bouche de son secrétaire général, Me Alphonse Lonbgango, a porté à la connaissance de l’opinion nationale et internationale un cas d’exploitation illégale des forêts par la société TERCO et le pillage des forêts de la RD Congo.

A la lumière des investigations menées par la Coalition, la société TERCO a exploité illégalement 584 grumes de bois Wenge dans la concession attribuée à la société TALATINA depuis le 18 janvier 2014, à travers une garantie d’approvisionnement n°003/04. Titre qui a été converti en contrat de concession forestière portant le numéro 050/14 du 25 avril 2014.

La cargaison querellée entre les deux sociétés a été curieusement blanchie à travers une opération d’achat vente et est maintenant en instance d’exportation vers la Chine par la société HOMIMEX qui déclare l’avoir achetée auprès de TERCO. Entre-temps, les investigateurs de la Coalition ont constaté que la société TERCO a frauduleusement exploité du bois sans aucune autorisation dans une concession forestière dument attribuée à la société TALATINA et sans le consentement de cette société.

Les experts de la Direction de la gestion forestière (DGF) du ministère de l’Environnement, Conservation de la nature et Tourisme contactés pour éclairer la situation,  attestent que « le représentant de la société TERCO n’a pas obtenu de permis de coupe en 2012 et qu’en conséquence, toute coupe opérée dans ces conditions est illégale ». De même, la lettre du ministre de l’Environnement, adressée au gouverneur de la province du Bandundu en rapport à l’enquête diligentée par la Brigade forestière de Ngamboni dans le territoire de Kwamouth, mentionne qu’il « a été trouvé sur le terrain des grumes de Wenge extraites de la forêt dénommée WU ; laquelle fait partie de la concession forestière attribuée, à ce jour, par mon ministère à la société TALATINA, dans le territoire de Kwamouth. Après vérification, il va s’avérer que lesdites grumes appartiendraient à la société TERCO qui, à tout point vue n’a ni droit ni titre sur cette concession forestière ».

On relève par ailleurs que la société TERCO n’est pas à son premier forfait. En 2013, la Coalition avait déjà dénoncé les pratiques illégales de cette entreprise dans la concession forestière attribuée à RIBA CONGO. L’affaire serait toujours pendante devant les tribunaux. 

Une liste d’exploitants  illégaux bientôt rendue publique

De ce fait, la Coalition invite les autorités judiciaires à procéder à la saisie de 61 containers de bois identifiés au port de Matadi et à ouvrir une enquête judiciaire contre la société TERCO et ses receleurs. Et qu’ils soient punis conformément à la loi. Elle invite aussi la Chine, à travers son ambassade en RDC, à interdire l’importation des bois illégaux sur son territoire et de décourager ces pratiques pour participer ainsi à la gestion durable des forêts tropicales et de lutter contre le changement climatique.

La Coalition invite en même temps le ministère de l’Environnement à abroger l’arrêté n°0011/CAB/MIN/ECN-EF/2007, portant réglementation de l’autorisation de coupe industrielle de bois d’œuvre et des autorisations d’achat, vente et exportation du bois d’œuvre dont se servent les opérateurs pour blanchir le bois illégalement coupé. Elle encourage enfin le ministère de continuer ses efforts d’assainissement des pratiques négatives qui de longue date émaillent le secteur forestier, notamment en renforçant le contrôle forestier, en sanctionnant vigoureusement les contrevenants aux infractions forestières et en poursuivant la révision et la mise en cohérence des textes réglementaires.

A la Société civile, la Coalition demande qu’elle reste vigilante pour continuer de dénoncer tous les exploitants illégaux, où qu’ils opèrent sur l’étendue du territoire national. Une liste d’exploitants illégaux, régulièrement mise à jour, sera bientôt publiée avec la contribution attendue de tous les acteurs soucieux de la durabilité de la gestion forestière en RD Congo.

Dans la suite du secrétaire général de la Coalition, les représentants des sociétés TALATINA et TERCO ont éclairé la lanterne sur les tenants et les aboutissants de cette affaire qu’on qualifie déjà de crime écologique.

Pour M. Bada Samuel de TALATINA, l’affaire qui oppose son entreprise à la société TERCO date de 2 ans. Plusieurs plaintes ont été instrumentées, à cet effet, sans résultat ; la dernière remonte en 2013. Il y a eu saisie de la cargaison puis la mainlevée qui a permis à TERCO de vendre à la société HOMIMEX les 584 grumes de bois Wenge qui ont été évacuées de Kinshasa pour le port de Matadi en trois jours. Désarmé face à la tournure que prend cette affaire, Bada Samuel demande que justice soit faite.

De son côté, Joseph Stéphane Kaimby, représentant de TERCO, a profité de la circonstance pour appelé la Société civile à rester une église au milieu du village et surtout encourager le dialogue entre les deux entreprises congolaises ; sans apporter des lumières sur les allégations graves portées contre sa société.

M. Gabriel Mola Motya, président de la Fédération industrielle du bois (FIB), a, pour sa part, éclairé l’assistance sur la légalité et l’illégalité dans l’exploitation forestière. A en croire M. Mola Motya, jusqu’à ce jour, on n’est pas encore parvenu à mettre en place une grille de légalité. Le travail est en cours dans le cadre de l’APV-FLEG. Mais de façon générale, l’exploitation illégale est définie comme « étant toute activité, dans le cadre de l’exploitation forestière, qui se déroule sans respect des normes d’exploitation forestière ou les lois du pays en la matière ».

Et dans le cas d’espèce, sans toucher au nœud du débat, le président de la FIB a fait savoir que le fait de délivrer un permis de coupe artisanale à une entreprise est une violation de la loi et la suite qui en découle, c’est-à-dire tout bois coupé dans ce contexte-là est illégal. Le fait aussi de délivrer un permis artisanale ou industrielle à quelqu’un ou une entreprise et qui va couper dans une concession forestière bien définie, c’est une autre illégalité. Obtenir un permis de coupe qui ne vise qu’une essence forestière, c’est encore une autre illégalité 

Source : www.lappelafricain.com 
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